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Qui est propriétaire d’un logiciel ou d’une application développée pour une entreprise ?

De nombreuses entreprises marocaines font aujourd’hui développer des logiciels, des applications mobiles ou des plateformes digitales afin de soutenir leur activité : solutions internes de gestion, applications clients, outils SaaS ou encore marketplaces.

Cependant, une question juridique essentielle est souvent négligée : qui est réellement propriétaire du logiciel ou de l’application développée ?

Contrairement à une idée répandue, le fait de financer le développement d’un logiciel ne signifie pas automatiquement que l’entreprise en devient propriétaire. En matière de propriété intellectuelle, les règles juridiques sont précises et peuvent avoir des conséquences importantes en cas de litige.

Le logiciel est protégé par le droit d’auteur

Au Maroc, les logiciels sont protégés par la loi n°2-00 relative aux droits d’auteur et droits voisins, telle que modifiée et complétée.

Cette protection juridique s’applique aux programmes informatiques dès leur création, au même titre que les œuvres littéraires ou artistiques.

En principe, l’auteur du logiciel est la personne qui l’a créé, c’est-à-dire le développeur ou l’équipe de développeurs ayant conçu le programme.

Cela signifie que, sauf disposition particulière, les droits patrimoniaux sur le logiciel appartiennent initialement au développeur.

Ces droits incluent notamment :

– le droit de reproduction du logiciel ;
– le droit de modification ou d’adaptation ;
– le droit de distribution ;
– le droit d’exploitation commerciale.

Le cas du logiciel développé par un salarié

Lorsque le logiciel est développé par un salarié dans le cadre de ses fonctions au sein d’une entreprise, la situation juridique est différente.

Dans ce cas, la loi prévoit généralement que les droits patrimoniaux sur le logiciel appartiennent à l’employeur, lorsque le programme est créé dans l’exercice des missions du salarié ou sur instruction de l’entreprise.

Toutefois, il est fortement recommandé que cette situation soit clairement précisée dans le contrat de travail afin d’éviter toute contestation ultérieure.

Les entreprises technologiques intègrent souvent dans leurs contrats de travail des clauses relatives :

– à la cession des droits de propriété intellectuelle ;
– à la confidentialité du code source ;
– à la protection des développements réalisés pour l’entreprise.

Le cas d’un logiciel développé par un prestataire externe

La situation la plus fréquente et la plus risquée concerne les logiciels développés par des prestataires externes, tels que :

– développeurs freelances ;
– agences web ;
– sociétés de développement informatique.

Dans ce cas, si aucun contrat ne prévoit la cession des droits de propriété intellectuelle, le prestataire reste en principe titulaire des droits sur le logiciel.

L’entreprise cliente peut alors se retrouver dans une situation délicate : elle peut utiliser le logiciel, mais ne dispose pas nécessairement de tous les droits pour le modifier, le commercialiser ou le transférer.

Cela peut devenir problématique notamment si :

– l’entreprise souhaite faire évoluer le logiciel avec un autre prestataire ;
– elle souhaite vendre la technologie ;
– elle souhaite lever des fonds auprès d’investisseurs ;
– un conflit survient avec le développeur initial.

L’importance d’un contrat de cession de droits

Pour éviter ces situations, il est essentiel que le développement d’un logiciel ou d’une application soit encadré par un contrat clair prévoyant la cession des droits de propriété intellectuelle.

Ce contrat doit notamment préciser :

– l’étendue des droits cédés (reproduction, modification, commercialisation) ;
– le territoire et la durée de la cession ;
– la remise du code source ;
– les conditions de maintenance et d’évolution du logiciel ;
– les garanties relatives à l’absence de violation de droits de tiers.

Une cession de droits correctement rédigée permet à l’entreprise de sécuriser juridiquement l’exploitation de la technologie développée.

Les risques en cas d’absence de cadre juridique clair

Lorsque les droits de propriété intellectuelle ne sont pas correctement définis, plusieurs difficultés peuvent apparaître.

Par exemple :

– un prestataire peut refuser de remettre le code source ;
– un développeur peut revendiquer des droits sur le logiciel ;
– l’entreprise peut se retrouver bloquée dans l’évolution de sa technologie ;
– un investisseur peut refuser d’entrer au capital en raison d’une incertitude sur la propriété du logiciel.

Dans les opérations de levée de fonds ou de cession d’entreprise, les investisseurs vérifient systématiquement que la propriété intellectuelle des technologies exploitées est correctement sécurisée.

Comment sécuriser juridiquement un projet de développement logiciel

Afin d’éviter les risques juridiques, plusieurs précautions peuvent être prises dès le lancement d’un projet technologique.

Il est notamment recommandé de :

– prévoir un contrat de développement logiciel détaillé ;
– organiser la cession complète des droits de propriété intellectuelle ;
– prévoir la remise du code source ;
– encadrer les obligations de confidentialité ;
– définir les conditions de maintenance et d’évolution du logiciel.

Une structuration juridique claire permet de sécuriser les investissements réalisés dans le développement technologique.


Comment notre cabinet peut accompagner les entreprises

Le Cabinet d’avocats Jawhari accompagne les entreprises, startups et sociétés technologiques dans la sécurisation juridique de leurs projets numériques et de leurs actifs technologiques.

Notre intervention peut notamment inclure :

– la rédaction de contrats de développement logiciel et d’applications ;
– la mise en place de cessions de droits de propriété intellectuelle ;
– l’analyse des contrats conclus avec des développeurs ou des agences ;
– la sécurisation juridique des technologies dans le cadre de levées de fonds ou d’opérations d’investissement ;
– l’assistance en cas de litige relatif à la propriété d’un logiciel ou d’une application.

Un accompagnement juridique en amont permet d’éviter des situations complexes et de garantir à l’entreprise la maîtrise de ses actifs technologiques.