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Contrats de cession de droits et licences : ce que chaque entreprise marocaine doit savoir

Le contrat de cession de droits au Maroc est un acte juridique essentiel pour toute entreprise qui crée, achète ou exploite des œuvres, logiciels ou contenus. Pourtant, beaucoup d’entreprises signent des contrats incomplets — ou n’en signent aucun — et risquent de perdre leurs actifs les plus précieux.

Au Maroc, ce domaine est encadré par la loi n° 2-00 relative aux droits d’auteur et droits voisins, ainsi que par la loi n° 17-97 sur la protection de la propriété industrielle. Pourtant, beaucoup d’entreprises signent des contrats incomplets — ou n’en signent aucun. Voici ce qu’il faut savoir.

Cession de droits ou licence : quelle différence au Maroc ?

Ces deux mécanismes sont souvent confondus, mais ils n’ont pas les mêmes effets juridiques.

La cession de droits est un transfert définitif. Le titulaire des droits (l’auteur, le prestataire, l’inventeur) transfère tout ou partie de ses droits à une autre personne ou entreprise. Une fois cédés, ces droits appartiennent à l’acheteur — le cédant ne peut plus les utiliser sauf accord contraire.

La licence est une autorisation d’utilisation. Le titulaire conserve ses droits mais autorise une autre partie à les exploiter, selon des conditions précises (durée, territoire, usage autorisé, exclusivité ou non). La licence peut être révocable selon ses termes.

POINT CLÉ

Si vous faites développer votre site web ou votre application par un prestataire externe, un simple bon de commande ne vous donne aucun droit sur le code produit. Seul un contrat de cession explicite vous en transfère la propriété.

Les clauses essentielles d’un contrat de cession de droits

Un contrat de cession de droits valide doit obligatoirement préciser :

1. L’étendue des droits cédés

Quels droits exactement sont transférés ? Reproduction, représentation, adaptation, traduction, distribution ? Au Maroc comme en France, les droits non expressément mentionnés sont réputés non cédés. Une formulation vague comme « tous droits » peut être contestée.

2. Le territoire

Les droits sont-ils cédés pour le Maroc uniquement, pour la zone MENA, ou à l’échelle mondiale ? Cette précision est indispensable pour toute entreprise avec une activité internationale ou digitale.

3. La durée

La cession est-elle permanente ou limitée dans le temps ? Pour les droits d’auteur, la durée maximale de protection est de 70 ans après le décès de l’auteur — mais la cession contractuelle peut être limitée à une durée inférieure.

4. La contrepartie financière

Le prix ou les redevances doivent être clairement définis. Pour les licences, les modalités de calcul des royalties (pourcentage du chiffre d’affaires, forfait, minimum garanti) doivent être détaillées pour éviter tout litige.

5. Les garanties d’éviction

Le cédant doit garantir qu’il est bien titulaire des droits cédés et qu’aucun tiers ne peut les revendiquer. Cette clause protège l’acheteur contre des poursuites ultérieures.

6. Le sort des œuvres dérivées

Qui détient les droits sur les améliorations, mises à jour ou adaptations futures ? C’est particulièrement critique pour les logiciels et les contenus évolutifs.

Clause Ce qu’elle précise Risque si absente
Étendue des droits Reproduction, représentation, adaptation, distribution… Les droits non mentionnés sont réputés non cédés
Territoire Maroc, zone MENA, mondial… Exploitation internationale bloquée
Durée Permanente ou limitée dans le temps Ambiguïté sur l’expiration des droits
Contrepartie financière Prix, royalties, minimum garanti… Litige sur la rémunération
Garantie d’éviction Le cédant garantit être titulaire des droits Revendications de tiers après la cession
Œuvres dérivées Droits sur les mises à jour et adaptations futures Blocage sur les versions évolutives

Les erreurs les plus fréquentes en entreprise

Confondre droit moral et droit patrimonial Au Maroc, comme dans les pays de tradition civiliste, le droit moral de l’auteur (droit à la paternité, droit à l’intégrité de l’œuvre) est incessible. Même si vous achetez tous les droits patrimoniaux sur une œuvre, l’auteur reste l’auteur. Votre contrat doit en tenir compte.

Ne pas vérifier la chaîne de titularité Votre prestataire a-t-il lui-même les droits qu’il vous cède ? S’il a sous-traité une partie du travail, les sous-traitants ont-ils signé une cession ? Une chaîne de titularité incomplète expose votre entreprise à des revendications tierces.

Oublier les créations des salariés En droit marocain, contrairement au droit américain, les œuvres créées par un salarié dans le cadre de son travail n’appartiennent pas automatiquement à l’employeur pour les droits d’auteur. Une clause contractuelle spécifique dans le contrat de travail est nécessaire.

Utiliser un contrat étranger sans adaptation Beaucoup d’entreprises importent des modèles de contrats français ou américains sans les adapter au droit marocain. Or, certaines dispositions (notamment sur la durée, les garanties ou le droit moral) diffèrent et peuvent rendre des clauses inopposables.

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Licence exclusive ou non exclusive : attention aux implications

Une licence exclusive interdit au titulaire lui-même d’exploiter les droits dans le périmètre concédé. C’est un engagement fort qui justifie généralement une contrepartie financière plus élevée.

Une licence non exclusive permet au titulaire de concéder les mêmes droits à plusieurs licenciés simultanément. Elle est moins protectrice pour le licencié mais plus souple pour le titulaire.

Le choix entre les deux doit être une décision stratégique consciente, pas une clause rédigée à la légère.

En résumé

Cession de droits Licence
Transfert de propriété Oui, définitif Non, usage temporaire
Le titulaire conserve ses droits Non Oui
Exclusivité possible N/A Oui ou non
Révocable Non (sauf clause) Selon contrat

Pourquoi faire rédiger votre contrat de cession par un avocat ?

Un contrat de cession ou de licence mal rédigé peut avoir des conséquences très concrètes :

  • Perte de la propriété intellectuelle que vous pensiez avoir achetée
  • Impossibilité d’exploiter commercialement un actif clé (logo, application, brevet)
  • Litiges coûteux avec d’anciens prestataires ou partenaires
  • Blocage lors d’une levée de fonds ou d’une cession d’entreprise (les due diligences vérifient systématiquement la chaîne des droits IP)

Le Cabinet Jawhari accompagne les entreprises dans la rédaction et la négociation de leurs contrats de propriété intellectuelle, en veillant à leur conformité avec le droit marocain et à leur efficacité opérationnelle.

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