La diffamation dans le droit marocain : cadre juridique, sanctions et recours

Qu’est-ce que la diffamation selon le droit marocain ?
La diffamation est une infraction qui consiste à accuser ou imputer à une personne physique ou morale un fait précis portant atteinte à son honneur ou à sa considération, sans en fournir la preuve.
Elle peut être exprimée par voie orale, écrite, ou par tout autre support de communication.
Le droit marocain considère la diffamation comme un délit grave, qu’elle soit commise dans un cadre privé, public ou en ligne.
Cette définition juridique s’applique aussi bien aux propos tenus dans les médias traditionnels qu’aux publications numériques, notamment sur les réseaux sociaux, les blogs ou les forums. Au Maroc, la diffamation est encadrée à la fois par le Code pénal et par la loi relative à la presse et à l’édition.
Le cadre juridique de la diffamation au Maroc
Le Code pénal marocain
Le Code pénal marocain, dans ses articles 442 à 448, définit la diffamation et fixe les sanctions applicables. L’article 442 décrit la diffamation comme toute allégation ou imputation d’un fait de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la réputation d’une personne. Si l’auteur de la diffamation ne peut pas prouver la véracité du fait allégué, il est passible de sanctions pénales.
L’article 443 prévoit que la preuve du fait diffamatoire peut, dans certains cas limités, exonérer l’auteur. Toutefois, même si les faits sont vrais, la manière dont ils sont exposés peut être considérée comme diffamatoire s’il y a volonté de nuire. Le Code pénal prévoit des sanctions allant de l’amende à l’emprisonnement, en fonction de la gravité de l’acte, de sa récurrence et de son impact.
La loi sur la presse et l’édition (Loi 88-13)
La loi n°88-13 relative à la presse et à l’édition, adoptée en 2016, constitue l’autre pilier du droit marocain en matière de diffamation. Elle vise principalement les délits commis par voie de presse, qu’il s’agisse de journaux, de radios, de télévisions ou de publications en ligne.
Cette loi marque un changement majeur : elle supprime les peines de prison pour les délits de presse, y compris la diffamation, qui sont désormais punis uniquement par des amendes. Toutefois, cela ne signifie pas que ces délits sont sans conséquence. En cas de diffamation publique, les peines peuvent inclure des amendes élevées, et des dommages et intérêts peuvent être accordés à la victime.
La loi prévoit également des cas spécifiques de diffamation aggravée, notamment lorsqu’elle est dirigée contre des agents publics, des institutions, des communautés religieuses reconnues ou des représentants de l’État.
La diffamation sur Internet et les réseaux sociaux
La diffamation en ligne est de plus en plus fréquente au Maroc. Elle est traitée avec la même sévérité que la diffamation dans les médias classiques. Les publications sur des plateformes comme Facebook, Twitter, Instagram ou TikTok peuvent faire l’objet de poursuites si elles contiennent des propos diffamatoires.
Même si l’audience est réduite, le simple fait que des tiers puissent accéder à un contenu diffamatoire suffit à constituer une infraction. La loi marocaine ne fait aucune distinction entre les supports de communication, ce qui permet de poursuivre les auteurs de diffamation en ligne au même titre que les journalistes ou éditeurs de presse.
Sanctions prévues en cas de diffamation au Maroc
Les sanctions en cas de diffamation varient selon le cadre légal dans lequel elle est commise. Le Code pénal prévoit des peines allant de l’amende à l’emprisonnement dans les cas les plus graves. En revanche, la loi sur la presse limite les sanctions à des amendes pécuniaires, généralement comprises entre 10 000 et 100 000 dirhams, en fonction de la nature de l’infraction et de la qualité de la personne visée.
Il est également possible pour la victime de demander réparation au civil sous forme de dommages et intérêts, notamment si la diffamation a causé un préjudice moral ou professionnel important.
Comment porter plainte pour diffamation au Maroc ?
Toute personne victime de diffamation peut saisir la justice marocaine. Il est conseillé de réunir toutes les preuves disponibles : captures d’écran, copies de publications, témoignages, enregistrements, etc. Une plainte peut être déposée auprès du procureur du Roi ou des services de police compétents.
L’assistance d’un avocat est fortement recommandée pour rédiger la plainte, encadrer les démarches judiciaires et évaluer les préjudices subis. Dans certains cas, il est également possible d’engager une action en référé pour faire retirer rapidement un contenu diffamatoire en ligne.
Moyens de défense en cas d’accusation de diffamation
La principale défense face à une accusation de diffamation est la preuve de la véracité du fait allégué. Si l’auteur parvient à démontrer que les faits sont exacts, et qu’ils ont été exposés dans un but légitime (informer, alerter, etc.) sans volonté de nuire, il peut être exonéré de toute responsabilité.
Il est également possible d’invoquer l’absence d’intention diffamatoire, ou de démontrer que les propos relèvent de la critique légitime ou de la liberté d’expression, dans le respect des limites fixées par la loi.
Conclusion : La diffamation, un délit à ne pas prendre à la légère
Le droit marocain protège fermement la réputation des individus et encadre strictement les atteintes à l’honneur, qu’elles soient commises dans les médias ou en ligne. La diffamation peut avoir de lourdes conséquences juridiques et financières pour son auteur. Dans un contexte où les propos circulent rapidement, il est essentiel de mesurer l’impact de ses paroles et publications, et d’agir avec responsabilité et discernement.
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