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Succession franco-marocaine : gérer un héritage au Maroc depuis la France

La succession franco-marocaine est l’une des situations juridiques les plus complexes pour les familles marocaines résidant en France.

Un proche décède au Maroc. Vous êtes en France. Les biens sont là-bas — un appartement à Casablanca, un compte bancaire, peut-être un terrain. Vous ne savez pas par où commencer, vous ne savez pas comment coordonner les démarches depuis la France, et certains héritiers ne s’entendent pas sur le partage.

Cette situation concerne des dizaines de milliers de familles franco-marocaines chaque année. La succession franco-marocaine est l’une des plus complexes en droit international privé : elle fait intervenir deux systèmes juridiques distincts, des administrations dans deux pays, et souvent des héritiers répartis entre plusieurs continents.

Ce guide vous explique comment gérer une succession au Maroc depuis la France, quelles démarches effectuer dans quel ordre, et à quel moment faire appel à un avocat.

Quelle loi s’applique à une succession franco-marocaine ?

C’est la première question à résoudre. Selon la nationalité du défunt et sa résidence habituelle au moment du décès, la loi applicable à la succession peut être la loi marocaine, la loi française, ou les deux pour des aspects différents.

Le principe général

le droit marocain régit la succession selon la loi nationale du défunt — c’est-à-dire la loi du pays dont il avait la nationalité au moment du décès. Un Marocain décédé en France reste soumis au droit marocain de la succession, notamment au Code de la famille (Moudawana) pour la répartition des parts entre héritiers.

Le règlement européen sur les successions (UE 650/2012)

En parallèle, depuis 2015, le règlement européen n° 650/2012 s’applique aux successions en Europe. Il prévoit que ce règlement soumet la succession à la loi du pays de résidence habituelle du défunt au moment du décès. Un Marocain résidant habituellement en France serait donc soumis à la loi française — sauf s’il a expressément choisi dans un testament la loi de sa nationalité (loi marocaine).

Point cléLa situation est souvent mixte : la loi française peut s’appliquer à la désignation des héritiers et au principe de la succession, tandis que la loi marocaine s’applique aux biens situés au Maroc — notamment pour les formalités auprès de la conservation foncière et des banques marocaines. Un avocat marocain et, si nécessaire, un notaire français doivent travailler en coordination.

Les démarches à effectuer au Maroc — dans l’ordre

1Obtenir le certificat de décès marocain Si le défunt est décédé en France, vous devez transcrire le décès sur les registres de l’état civil marocain. La famille doit contacter le consulat du Maroc en France pour effectuer cette transcription, ou passer par un mandataire au Maroc. Délai légal : 1 an pour les Marocains décédés à l’étranger.
2Établir l’acte d’hérédité (acte héréditaire) Deux Adouls établissent l’acte d’hérédité (notaires traditionnels marocains) en présence de 12 témoins masculins. Il liste le défunt et tous ses héritiers légaux avec leurs quotes-parts respectives. Toutes les administrations marocaines exigent ce document. Si vous êtes en France, un mandataire muni d’une procuration notariée apostillée peut accomplir cette démarche à votre place.
3Inventaire des biens au Maroc Recenser tous les biens du défunt au Maroc : biens immobiliers (avec les titres fonciers ou les numéros de réquisition à la conservation foncière), comptes bancaires, véhicules, parts sociales dans des sociétés marocaines, créances. Cette étape nécessite souvent des recherches auprès de plusieurs administrations.
4Régler les dettes et les charges Avant tout partage, vous devez régler les dettes du défunt : dettes bancaires, charges fiscales, frais funéraires. Vous devez informer l’administration fiscale marocaine du décès. En cas de biens immobiliers, une attestation de non-opposition de la conservation foncière est nécessaire.
5Partage des biens immobiliers Le transfert de propriété des biens immobiliers s’effectue auprès de la conservation foncière marocaine sur présentation de l’acte d’hérédité, du certificat de décès et des pièces d’identité des héritiers. Si les héritiers ne s’entendent pas sur le partage, ils peuvent saisir le tribunal pour désigner un liquidateur.
6Déblocage des comptes bancaires Les banques marocaines exigent l’acte d’hérédité original pour débloquer les comptes du défunt. Si le compte était en devises (compte MRE), l’Office des Changes impose des règles spécifiques.
Vous êtes en France et vous devez gérer une succession au Maroc ? Le Cabinet Jawhari coordonne toutes les démarches depuis Casablanca : acte d’hérédité, conservation foncière, banques, partage entre héritiers. Nous travaillons avec des mandataires et pouvons intervenir à distance par visioconférence. Casablanca  |  05 20 44 44 47  |  maha@avocat-jawhari.com Intervention à distance possible — nous travaillons régulièrement avec des clients en France

La procuration — comment agir depuis la France sans se déplacer

Il n’est pas nécessaire de vous rendre au Maroc pour gérer la succession. Une procuration notariée vous permet de désigner un représentant au Maroc qui accomplira toutes les formalités en votre nom.

Comment établir une procuration valable au Maroc

  • Vous devez rédiger la procuration en arabe ou l’accompagner d’une traduction assermentée en arabe
  • Établissez-la devant un notaire français ou au consulat du Maroc en France
  • Faites-la apostiller selon la Convention de La Haye pour qu’elle soit reconnue au Maroc
  • Elle doit mentionner précisément les actes autorisés : représentation devant les Adouls, la conservation foncière, les banques, les administrations fiscales
AttentionUne procuration trop vague peut être refusée par certaines administrations marocaines. Il est recommandé de faire rédiger la procuration par un avocat marocain qui connaît les exigences spécifiques de chaque administration.

Le cas des successions bloquées

De nombreuses successions franco-marocaines restent bloquées pendant des années, parfois des décennies. Les causes les plus fréquentes sont les suivantes.

Désaccord entre héritiers

C’est la cause la plus courante. Certains héritiers contestent la liste des héritiers ou s’opposent au partage proposé. En droit marocain, la règle de l’unanimité pour le partage amiable signifie qu’un seul héritier récalcitrant peut bloquer toute la procédure. Dans ce cas, la solution est de saisir le tribunal de première instance qui peut ordonner un partage judiciaire.

Titre foncier inexistant ou litigieux

De nombreux propriétaires au Maroc n’ont pas immatriculé leurs biens. Ils les détiennent via des actes adoulaires anciens ou par une possession de fait. En conséquence, vous devez engager une procédure d’immatriculation ou de confirmation de propriété.

Héritiers introuvables ou décédés

Lorsque des héritiers sont eux-mêmes décédés, ou lorsque leur localisation est inconnue, vous ne pouvez pas liquider la succession sans avoir réglé au préalable leur propre succession ou obtenu une décision de justice sur leur représentation.

Biens grevés de dettes

Si le défunt avait des dettes bancaires ou fiscales au Maroc, les créanciers peuvent bloquer le partage jusqu’au remboursement. C’est pourquoi il est indispensable d’effectuer un audit complet du passif successoral avant toute démarche de partage.

Transfert des fonds vers la France

Une fois les comptes bancaires débloqués, l’Office des Changes marocain encadre le transfert des fonds vers la France.

  • Pour un compte MRE (Marocains Résidant à l’Étranger) : le transfert est libre, sur présentation de l’acte d’hérédité et d’une attestation bancaire
  • Pour un compte ordinaire en dirhams : le transfert nécessite une autorisation de l’Office des Changes, qui peut prendre plusieurs semaines
  • Pour le produit de la vente d’un bien immobilier : vous pouvez rapatrier les fonds si vous aviez réalisé l’achat initial en devises
ImportantLe non-respect de la réglementation de l’Office des Changes peut entraîner des sanctions. Il est fortement déconseillé de transférer des fonds par des voies informelles.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une succession franco-marocaine ?

Dans les cas simples (un seul bien, héritiers d’accord, documents complets), la procédure prend de 3 à 6 mois. Dès qu’il y a un désaccord entre héritiers, un bien immobilier non immatriculé ou des dettes à régler, le délai peut s’étendre à 1 ou 2 ans, voire plus en cas de procédure judiciaire.

Faut-il un avocat au Maroc et un notaire en France ?

Dans la plupart des cas oui. Le notaire français intervient pour les aspects relevant du droit français (attestation de propriété, déclaration de succession en France si le défunt était résident fiscal français). De son côté, l’avocat marocain coordonne toutes les démarches au Maroc : acte d’hérédité, conservation foncière, banques, administration fiscale. Les deux professionnels doivent travailler en coordination pour éviter les contradictions entre les deux procédures.

La fille hérite-t-elle moins que le fils au Maroc ?

La Moudawana s’applique à tous les Marocains, qu’ils résident au Maroc ou à l’étranger. Selon ses règles, la fille reçoit la moitié de la part du fils. Cette règle s’applique aux biens situés au Maroc indépendamment du lieu de résidence des héritiers. Les juridictions marocaines appliquent la Moudawana pour tous les biens au Maroc et ne reconnaissent pas d’exception à ce principe. Si les héritiers souhaitent une répartition différente, la seule voie est l’accord amiable entre eux — un avocat peut faciliter cet accord et le formaliser juridiquement.

Peut-on vendre le bien immobilier marocain avant de clôturer la succession ?

Non. La vente d’un bien immobilier appartenant à la succession nécessite que tous les héritiers soient identifiés et que le bien soit transféré à leur nom à la conservation foncière. Il faut donc finaliser au moins la phase de transfert de propriété avant de pouvoir vendre. Une exception existe en cas d’urgence (dettes importantes) avec autorisation judiciaire.

Que faire si un héritier refuse de signer ?

En droit marocain, le partage amiable nécessite l’accord de tous les héritiers. Si l’un d’eux refuse, les autres peuvent saisir le tribunal de première instance compétent pour demander un partage judiciaire. Le tribunal désigne alors un liquidateur qui procède au partage sous contrôle judiciaire. Cette procédure allonge le délai de 6 à 18 mois mais permet de débloquer la situation.

Votre succession au Maroc est bloquée ou vous ne savez pas par où commencer ? Le Cabinet Jawhari accompagne les familles franco-marocaines de bout en bout : audit de la situation, coordination des démarches, gestion des conflits entre héritiers, transfert de propriété et rapatriement des fonds. Consultation possible par visioconférence depuis la France. Casablanca  |  05 20 44 44 47  |  maha@avocat-jawhari.com Intervention à distance possible — nous travaillons régulièrement avec des clients en France

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