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Élection des délégués du personnel au Maroc : obligations légales, procédure et risques pour l’employeur

L’élection des délégués du personnel au Maroc constitue une obligation légale dès lors que l’entreprise atteint un certain seuil d’effectif.

Elle s’inscrit dans le cadre du droit du travail marocain et vise à garantir la représentation collective des salariés au sein de l’établissement.

Pour les dirigeants d’entreprise, directeurs des ressources humaines et investisseurs, il ne s’agit pas d’une formalité secondaire. Une élection mal organisée – ou non organisée – peut entraîner des sanctions financières, des contentieux et fragiliser la gestion sociale de l’entreprise.

1. Quelles entreprises sont concernées ?

Le Code du travail marocain impose l’organisation d’élections des délégués du personnel dans tout établissement employant habituellement au moins 10 salariés permanents.

Dès le franchissement du seuil de 10 salariés permanents, l’employeur doit engager le processus électoral dans un délai raisonnable. En cas d’augmentation d’effectif nécessitant davantage de délégués, des élections partielles doivent être organisées dans les trois mois.

Les élections professionnelles sont renouvelées tous les six ans selon un calendrier national fixé par le Ministère du Travail.

Le défaut d’organisation des élections expose l’employeur à des amendes pouvant atteindre 30 000 dirhams, doublées en cas de récidive.

2. Nombre de délégués à élire selon l’effectif

Le nombre de délégués dépend du nombre de salariés.

Le Code du travail fixe un barème progressif :

  • 10 à 25 salariés : 1 délégué titulaire et 1 suppléant
  • 26 à 50 salariés : 2 titulaires et 2 suppléants
  • 51 à 100 salariés : 3 titulaires et 3 suppléants
  • 101 à 250 salariés : 5 titulaires et 5 suppléants
  • 251 à 500 salariés : 7 titulaires et 7 suppléants
  • 501 à 1000 salariés : 9 titulaires et 9 suppléants
  • Au-delà : augmentation d’un délégué par tranche supplémentaire de 500 salariés

En principe, deux collèges électoraux sont constitués :

  • Collège des ouvriers et employés
  • Collège des cadres et assimilés

Une adaptation peut être envisagée selon la structure de l’entreprise, sous le contrôle de l’Inspection du travail.

3. Conditions pour voter et se porter candidat

Conditions pour être électeur

Sont électeurs les salariés :

  • Âgés d’au moins 16 ans
  • Ayant au moins 6 mois d’ancienneté continue
  • N’ayant pas fait l’objet d’une condamnation définitive pour crime ou délit (hors infractions non intentionnelles), sauf réhabilitation

Conditions pour être candidat

Pour être éligible, le salarié doit :

  • Être de nationalité marocaine
  • Être âgé d’au moins 21 ans
  • Justifier d’un an d’ancienneté
  • Ne pas être parent proche de l’employeur

Le respect strict de ces conditions est essentiel pour éviter toute contestation judiciaire du scrutin.

4. Procédure d’élection : étapes obligatoires

La procédure est encadrée et placée sous le contrôle de l’Inspection du travail.

1. Établissement des listes électorales

L’employeur établit la liste nominative des électeurs et l’affiche au sein de l’entreprise aux emplacements réservés à l’information du personnel. Il soumet ces listes à la signature de l’Inspecteur du travail. À compter de leur affichage, les salariés disposent d’un délai de huit jours pour formuler toute réclamation relative aux inscriptions ou omissions.

2. Dépôt des candidatures

Les candidats déposent leur candidature auprès de l’employeur, qui leur remet un récépissé. L’entreprise met ensuite en place une commission électorale chargée de veiller à la régularité des opérations et de superviser l’ensemble du processus électoral.

3. Organisation du scrutin

Le vote se déroule :

  • À bulletin secret
  • Selon le système de représentation proportionnelle à la plus forte moyenne
  • Sous la supervision d’un bureau de vote

Au premier tour, au moins 50 % des électeurs inscrits doivent participer au vote pour que le scrutin soit valable. Si ce seuil n’est pas atteint, l’employeur organise un second tour dans un délai de dix jours, sans exigence de quorum.

4. Proclamation des résultats

À l’issue du dépouillement, le bureau de vote dresse un procès-verbal des résultats et procède immédiatement à son affichage au sein de l’entreprise. L’employeur transmet ensuite une copie de ce procès-verbal à l’Inspection du travail dans un délai de 24 heures.

Tout électeur ou candidat peut exercer un recours devant la juridiction compétente dans les huit jours suivant la proclamation des résultats.

5. Que se passe-t-il en cas d’absence de candidats ?

L’absence de candidatures ne libère pas l’employeur de son obligation d’organiser les élections professionnelles.

En cas de carence au premier tour, l’employeur organise un second tour dans le délai légal. Si aucun salarié ne présente sa candidature à l’issue de ce second tour, l’employeur dresse un procès-verbal de carence constatant l’impossibilité d’élire des délégués du personnel, puis transmet ce document à l’Inspection du travail afin de justifier du respect de ses obligations légales.

6. Risques juridiques et enjeux stratégiques

L’élection des délégués du personnel impacte directement :

  • Les procédures disciplinaires
  • Les licenciements économiques
  • Les restructurations
  • Les conflits collectifs
  • Les contrôles administratifs

Une irrégularité dans le processus peut entraîner :

  • Annulation du scrutin
  • Amendes administratives
  • Contentieux devant le tribunal de première instance
  • Blocage de certaines décisions sociales

Accompagnement juridique des entreprises

Notre cabinet accompagne les sociétés de toutes tailles dans :

  • L’audit préalable des obligations sociales
  • L’organisation complète des élections des délégués du personnel
  • La gestion des formalités auprès de l’Inspection du travail
  • La sécurisation des procès-verbaux et de la documentation électorale
  • La défense en cas de contentieux électoral

Une élection bien encadrée juridiquement permet de sécuriser durablement la gestion sociale de l’entreprise et de prévenir les risques futurs.